Chapitre 5 – Le Brevet de Parfaite Soumise

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Photographie de Skin Diamond

Récit écrit à quatre mains par Alexandre et Anna 


Lui

Ne jamais partir sans son matériel ! Nous avions bien trouvé une entrée à l’abri des regards mais cela supposait de faire sauter un cadenas ou de cisailler la chaine qui maintenait les grilles fermées. Simon sortit sa grosse pince coupante et le tour fut joué. Il était bien écrit « terrain miné » mais bon, on ne meurt qu’une fois ! A l’intérieur c’était le paradis : imaginez un ensemble de bâtiments sur plusieurs hectares. Le plus imposant se composait d’une douzaine de salles dont l’une avait été décorée des principaux personnages des films de Tim Burton par quelques brillants artistes de passage. A en juger par ce qui trainait par terre, il était clair que ce lieu servait de rendez-vous galants où la consommation de bières et de cannabis devait aller bon train. Deux vieux matelas d’allure pisseuse et un vieux pneu de camion apportaient une note de fraîcheur. Ailleurs les machines avaient disparu, il ne restait qu’un ballon de chauffe dans une des pièces et à l’extérieur des énormes trémies. Un vaste hangar adjacent, éclairé par une double rangée de fenêtres, apparaissait comme un magnifique terrain de jeu. Le sol était encore jonché de débris et ça et là les flaques d’eau dévoilaient l’état de la toiture. Surtout les armatures métalliques allaient permettre à Petite Pute de passer l’épreuve des figures imposées pour obtenir son brevet de parfaite Soumise.

Nous avions déjà joué avec les cordes. Petite Pute disait y trouver une forme de sérénité, Elle m’avait confié que, plus jeune, elle était une petite fille turbulente. Seule sa grand-mère paternelle en venait à bout, l’obligeant à rester sur sa chaise, trois heures durant avec l’interdiction de bouger. Même se mordre les lèvres lui était interdit. C’est certain, cela renforce des prédispositions et se retrouver entravée était pour Petite pute une forme d’abandon et de retour en enfance. Lire la suite…

Entre-deux-mers

J’ai disparu entière dans le souvenir de toi. J’ai bu. Combien de litres ? A mon échelle, un jour de pluie. Mon corps avait fleuri chaque jour plus sûr que sous l’effet du désir. Mes seins étaient plus lourds, mes siestes sereines. J’avais soudain appris à regarder le monde comme je voulais te le montrer. C’était doux de merveilles. Et j’avais pris conscience de l’étendue de la tendresse jusqu’à me penser capable de tuer. J’étais devenue une des ces hyènes d’amour, de celles qui griffent, qui crient, qui perdraient la raison s’il le fallait. Oui, j’ai pensé à fuir. Pour te voir grandir. Pour t’aimer en cachette. J’ai bu. Combien de litres ? En vérité, plus qu’une mousson d’automne. J’entends encore le choc des bouteilles qui sonnent. C’était du vin, de l’Entre-deux-mers. Peut-être pensai-je y trouver le courage de ne pas l’être.

Requiem

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Nous t’avions donné rendez-vous dans la maison où nous passions les vacances. On avait apprécié les premiers jours dans les pièces fraîches de la vieille bâtisse puis on s’était rapidement ennuyée. On aurait pu aller jusqu’à la plage mais on ne trouvait jamais le courage de sortir par une telle chaleur ni même celui d’avoir la retenue de ne pas offrir à tous les regards notre passion que l’on prétendait néée de la canicule. En réalité, on s’étudiait depuis des mois, on avait envie de se goûter mais on ne disait rien de nos caprices à l’autre.

Cela avait commencé un matin au réveil. Le deuxième ou le troisième jour de notre séjour à Arles. J’avais sentie sa main légère dans mon dos et je m’étais laissée faire. Elle s’était approchée et j’avais sentie tout son corps contre le mien. Ses doigts avaient effleurés mes seins, mes hanches, mes lèvres et puis on s’était rendormie. Les matins suivants, on avait cherché à aller plus loin, timidement comme deux adolescentes qui s’ignorent. Puis elle m’avait fait jouir, et plus tard, je réussis à lui donner un orgasme en retour. Depuis, nous étions bien plus complices qu’auparavant. On ne se vivait pas en amantes mais en partenaires de jeu et bientôt, on chercha à partager avec un homme les trouvailles de nos corps. On riait aux éclats quand on pensait aux scénarios probables pour recruter un mâle à mêler à nos jeux.

C’est à ce moment où j’ai décidé de lui parler de toi. Sa folie était en réalité supérieure à la mienne, elle répondit qu’elle adorait les professeurs d’université et que ça lui rappellerait sa L2 de droit, époque à laquelle, elle lisait Sollers et cherchait tout contact interdit en particulier avec les profs et les chargés de TD. Elle aimait le frisson qu’elle avait en se faufilant dans leurs bureaux ou en glissant des petits mots suintant de désir dans ses copies… Elle se définissait comme une amoureuse sans amour. Je l’écoutais avec admiration. Je n’avais jamais eu son courage même si je dois l’avouer, j’aurais aimé l’avoir. Elle me racontait les débuts timides, les paroles pornographiques, les rendez-vous en cachette. Je buvais du petit lait en écoutant ses récits et je pensais à toi.

Je regrettais de ne pas t’avoir écrit pour te dire à quel point je me sentais heureuse et sale en imaginant le contact de ta peau, son odeur de chlore, l’agilité de tes doigts. Combien de fois ce printemps-là je m’étais touchée en faisant de toi le jouet de mon imaginaire ? Pour la première fois, je parlais de ces fantasmes dont j’avais souvent eu honte pour leur vulgarité, leur banalité. Je disais que j’avais envie de doucement me laisser baiser par toi, F. mon professeur d’économie politique. Je m’étais inscrit dans ton cours, un peu par hasard, par curiosité puis c’était rapidement devenu mon cours préféré.

Au début, je ne t’avais pas regardé comme un homme que l’on désire. Je ne sais pas à quel moment cela a commencé. Un jour sûrement où tu parlais de David Ricardo et que je m’ennuyais à mourir car je connaissais déjà sa théorie sur les avantages comparatifs. Bref, le drap, le vin, l’Angleterre, le Portugal, je finissais par seulement regarder ta bouche, puis tes mains puis ton entrejambe. Bien sûr, je restais sérieuse, je prenais quelques notes mais je devenais humide à l’idée de toi. Le respect n’avait pas disparu, il avait grandi autrement. Je sentais que ma confession excitant ma sappho préférée. On était allongé sur un grand lit aux vieux linges blancs en lin, de ceux qui ont résisté à l’amour, à la haine, aux générations. Je perdais mes doigts dans tes boucles brunes. Alors tu es sûre de toi, on lui écrit ?

Pion – Partie IV

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Récit à quatre mains écrit par Nicolas Verville et Anna Mauriac.

VI.

J’étais repartie ivre de ma propre audace. Sans culotte, il me semblait sentir plus vivement encore mes lèvres ouvertes de désir et le sang qui affluait tambour battant. La fraîcheur me léchait. J’étais offerte. J’aurais voulu m’arrêter un instant et me toucher. Me remémorer son visage, imaginer sa verge et la teneur de ses caresses. Je décidai de rebrousser chemin, de rentrer à nouveau dans le bâtiment sans charme et d’aller m’enfermer dans les toilettes de la bibliothèque pour me donner du plaisir. J’étais trempée. Je me touchais mais ce n’était pas suffisant. J’avais envie de lui, envie de savoir. J’aurai voulu que l’on soit déjà une semaine plus tard afin que je passe à l’étape suivante de mon plan, que je lui donne un polaroid avec un lieu et une adresse gribouillés au feutre. L’épisode de la clé usb m’avait fait comprendre qu’il avait envie de moi. Je n’avais plus peur de rien. J’avais hâte de tout. La semaine passa lentement. Deux jours à lire les livres empruntés, à penser à lui, à me toucher, à feuilleter Les Petits Oiseaux d’Anaïs Nin que j’ai trouvé chez un bouquiniste du 19ème. Ces journées, plus tard, me paraîtront irréelles, inutiles même avec les années. Mais à cette époque, je me contentais de me droguer des possibilités de mon propre corps. Je m’en épuisais même. Tout sembla prendre son sens quand je tombai sur cette phrase : Lui n’avait jamais vu son corps si abandonné, habité seulement du désir d’être pris et comblé. Elle s’épanouit sous ses caresses – l’adolescente avait disparu, la femme naissait. Ce sont des instants merveilleux, ceux qui précèdent toute forme de connaissance de l’amour au sens d’une chose qui se fait. Un ensemble de rêves et de rêveries qui préparent le corps mieux encore qu’un rituel de noces. A partir du lundi, je fus absorbée par mes cours, les amphi, les TD, les cours de FLE. Cela ne m’empêchait pas de croiser les jambes et de serrer très fort mes cuisses ou de m’effleurer les seins pour me donner en plein cours un plaisir discret et inavouable. Je ne savais pas si “j’étais prête”, je savais seulement que cela faisait déjà quelques mois que j’étais une mangrove de désir pour lui. Je voulais être prise par lui. Et j’étais prête à toutes les formes de témérité pour l’avoir en moi.

VIII.

Il fourre les deux décigrammes de coton dans sa poche, tendu comme un arc. Ses collègues vaquent à leur besogne monotone. Lui ne peut plus rien faire. Il court à une fenêtre qu’il sait donner sur la sortie, aperçoit la fausse collégienne qui s’arrête, hésite et rentre dans le bâtiment. Il se précipite, oubliant tout, arrive juste à temps pour la voir se jeter dans les toilettes. Il la suit, éperdu, s’arrête à quelques centimètres de la porte close. Il lui semble que les battements de son coeur doivent ébranler les murs. De l’intérieur lui parvient le son d’un sanglot, à moins que ce soit un hoquet de plaisir. Il plaque son dos contre la porte, pour être plus près. Il se rend soudain compte que Réjane, sa collègue doctorante le regarde de l’entrée, les yeux écarquillés, et que sa main droite serre sa verge tendue à travers son pantalon. Leurs regards se croisent, elle fait demi-tour et disparaît dans un claquement de talons indigné.

La porte vibre légèrement, il devine qu’elle s’y est appuyée aussi. Sait-elle qu’il est là, les dents serrées, s’imposant silence, au bord de la vague. Elle gémit encore, plus près, plus fort. Il part dans son pantalon, trois longs spasmes qui le tordent.

Les jours qui suivent passent comme un rêve. Elle ne revient pas. Il pense qu’elle s’est jouée de lui. Il prend ses congés, les passe à errer dans son quartier, élit domicile dans un bar d’où il peut guetter sa porte. Le patron le regarde de travers, mais lui sert des alcools qu’il avale sans s’en apercevoir, qui explosent dans son estomac vide et emplissent sa tête d’un rêve trouble. De temps en temps il l’aperçoit, vêtue sagement, des livres plein son sac, marchant parmi les passants indifférents comme l’avatar d’un dieu descendu incognito de l’Empyrée. Il se cache alors derrière son journal. Il sent que l’air qui les sépare vibre comme une corde d’arc.

 

Lendemain

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J’ai aimé l’attention portée à mes lèvres, à mon corps tout entier, j’ai tremblé puis cela s’est refermé comme une parenthèse, comme un portillon, comme une histoire d’amour tout simplement peut-être. Le lendemain, j’ai senti que j’étais redevenue une étrangère à ses yeux, pas même un trophée, juste une fille parmi d’autres. Je foulais, ivre d’incompréhension, les pavés de la ruelle où il fumait ses malboro à heures fixes. Bonjour. Bonjour. Je voulais à nouveau me vivre dans son étreinte. C’était déchirant que de n’échanger à peine plus que quelques formules de politesse après avoir vécu autant. C’était pourtant le contrat ou du moins son absence, que cela ne laisse pas de trace. Il était marié, je le savais. Mais le plaisir qu’il m’avait donné était si intense que je ne pouvais m’empêcher d’imaginer une suite à cette nuit où j’avais désappris la pudeur.

J’ignorais encore que cet homme avait pris la facilité avec laquelle je m’étais donnée à lui pour un trait de caractère. A ses yeux, j’avais perdu un peu de ma saveur en me laissant percer sans résistance. Il me l’avouera plus tard. Il aurait davantage voulu sentir ses doigts enserrés par mon anus. Il aurait voulu me rassurer, m’ouvrir, m’étendre. Il aurait bandé jusqu’à la douleur de mon innocence, celle que laissaient sous-entendre mon absence de maquillage et mes robes à fleurs.

Il avait commencé à nourrir ce genre de fantasmes pendant la grossesse de sa femme, époque à laquelle celle-ci s’offrait à lui sans envie ni résistance comme pour s’excuser de ne plus être la même. Puis Arthur était né et les nuits sans sommeil s’étaient multipliées. Il avait alors pris pour habitude de trouver un peu de quiétude sur youporn où des teens aux traits semblables avaient réénchantés ses nuits en offrant leurs culs à peine dilatés à sa vue.

Il avait été déçu de ne pas vivre avec moi des scènes semblables à celles devant lesquelles il se caressait frénétiquement. Mais cette déception n’avait pas duré. Elle s’était effacé face à la fierté aussi d’avoir eu un corps de femme vivant de désir entre ses doigts. Fierté de le parcourir, de le connaître, de le voir exploser. Puissance de son orgasme à lui. Plus tard, il dira avoir pris peur de la complicité tissée dans le plaisir.

J’aime ça

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Photographie : Eefje de Connick

Il cherche la rondeur de ses seins sous sa robe. Elle, elle sait qu’elle est regardée, désirée même. Elle attend impassible le mouvement où il dira la phrase qui décidera de la suite. Viens vers moi. Le ton est sec mais il y a dans sa voix quelque chose de la supplication de celui qui a senti le désir monter presque trop vite. Elle s’approche de lui. Il la fouille. En elle, il cherche en vain le temps perdu. L’optimisme lancinant de Billie Holiday chantant All of me s’installe, rayonnant, dans la pièce, contrastant avec les fessées administrées par lui. 

Il lui demande de dire qu’elle aime ça. J’aime ça, dit-elle sans enthousiasme comme si elle avait dû dire qu’elle aimait les films de Pasolini ou les jours de marché. Il la saisit par les cheveux et lui demande à nouveau de dire qu’elle aime ça. Son souffle lourd s’abat contre sa nuque. La cadence des fessées s’intensifie, de même que la violence avec laquelle elles sont données. Elle finit par soupirer avec une voix de chienne qui n’est pas la sienne: oui, j’aime ça. Satisfait, il ajoute : alors je vais t’en remettre quelques unes avant que tu m’offres ta petite chatte. La sensation de brûlure aux endroits où la main s’est abattue et l’excitation qu’il y a dans sa voix produisent en elle une volonté presque instinctuelle à laquelle elle hésite pourtant à s’abandonner.

Il lui demande de compter le nombre de fois que sa main s’abattra, claquant son cul sans pitié. Une. Deux. Trois. Sans réfléchir, elle compte. Elle n’arrive pas à savoir si elle doit se laisser aller. Quatre. Cinq. Elle ne pense plus. Désormais, elle se laisse faire. Puis il dit Mets-toi debout. Elle obéit. Mmmmh, j’aime bien voir ton cul tout rouge. Il écarte ses fesses doucement puis passe sa langue avec une férocité qui lui donne du plaisir. Il la sent doucement fleurir sous l’effet du plaisir. Profites-en ma belle. Quelques minutes plus tard, il lui fait face et repasse ses doigts entre ses lèvres. Tu as aimé, n’est ce pas? Viens sur moi maintenant. Il s’allonge sur le dos et d’une main tient son sexe. Elle vient et se met dessus. Il lui caresse rapidement les seins puis lui demande de retirer les mains qu’elle a posé sur son torse vieillissant.

Il la tient alors fermement par les hanches pour donner au balancement de son corps la cadence qui le mènera jusqu’à l’explosion. Un temps qu’aucun d’eux ne saurait estimer s’écoule dans un silence seulement troublé par le bruit léger du ventilateur qui tourne au plafond comme un oiseau de proie. Ils finissent par somnoler. Elle est désormais couchée sur lui dont le souffle semble la bénir. Elle a posé ses mains et sa tête sur son torse qui se soulève doucement à intervalle régulier. Une sorte de fierté naît en lui de la voir ainsi rester et prendre ses marques sur son corps pendant que d’elle le sperme perle encore de son triomphe.

Puis le réveil d’un téléphone les rappelle à la réalité. Il est 13h45, son bureau n’est pas loin mais il doit partir déjà. Une fois assis sur le bord du lit, il la caresse comme pour la remercier. Elle le regarde se lever. Comme toujours, elle ne dit pas qu’elle voudrait le voir rester. Elle lui sourit et suit ses gestes tel un chiot conscient qu’il gardera la maison pendant que son maître sera dehors. Toujours, il saisit sa tristesse et se met à parler de la prochaine fois. Je serais en déplacement en début de semaine et je garde les enfants mercredi mais jeudi si tu veux on pourra aller manger quelque part et je pourrais ensuite passer la nuit avec toi. Elle s’est levée et a retrouvé le sourire. Elle n’est pas encore habillée. Il peut détailler son corps en suivant ses grains de beauté comme une carte du ciel. Elle enfile un pull informe qui était posé sur le rebord du lit et revient l’étreindre. Elle lui dit : à jeudi alors, tu vas me manquer. Il l’embrasse sur le front, remet sa montre, enlève son manteau de la patère de l’entrée et part. A jeudi. Ecris-moi.

La putain du train – Partie I

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Photographie : Diana Kunst

Tout se passa sur un banal trajet Paris-Lille, celui que je faisais tous les jeudi soir. En 1h02, je suis devenue une de ces anonymes qui offrent aux passants. C’était l’une de ces journées d’été où la chaleur rend tout irréel, où la faim est viscérale, raison pour laquelle l’on laisse ses jambes ouvertes et l’on regarde ses voisins en pensant très fort pourquoi pas. La probabilité que les deux hommes acceptent de jouer avec vous est faible. C’est pourquoi les jambes sont ouvertes au-delà de l’indécence, le renflement d’une lèvre débordant avec caprice d’un fin slip en dentelle. Je dois avouer que j’avais déjà agi ainsi sur des précédents trajets, de l’indifférence à la gêne, d’une simple demande de numéro de téléphone à un chaleureux à bientôt, mademoiselle, j’avais tout eu sauf un homme me donnant ce que mes bouches réclamaient. Les deux voyageurs qui me faisaient face cette fois-ci échangèrent quelques mots complices puis chacun d’eux posa posa sa main sur l’un des genoux, je n’étais que la conséquence de mes désirs et plus la fille timide qui avait cherché pendant dix minutes, tout en s’excusant, sa carte jeune au fond de son sac. Est-ce vraiment ce que vous voulez ? dit l’un d’une voix rauque qui donnait envie d’être insultée. Je hochais la tête. Alors le plus téméraire vint s’asseoir à côté de moi, il mit son pouce salé sa bouche, ses autres doigts me tenaient le visage, je me laissais faire comme un animal. De l’autre main, il souleva ma jupe sur mon ventre, écarta ma culotte sur le côté de mes lèvres offrant mes parties boursouflées de désir à la vue de son ami. J’aime plonger dans les petites putains comme toi, dit-il, on te donne chacun 100 euros pour que tu sois notre putain à nous et peut-être que l’on t’offrir à d’autres. Tu aimes sucer, n’est-ce pas? Je n’étais alors capable que d’un oui timide, ému quand je sentis une langue chaude chercher à me percer. Je voyais sa tête aller et venir, je sentais sa langue, j’entendais sa sérénade baveuse. Le plus téméraire m’avait gardé dans ses bras et s’attardait à téter mes seins, la sérénité enfantine de son visage me faisait mouiller plus encore. Ils étaient autant à moi que moi à eux. On était un triangle parfait. L’homme à genoux entre mes cuisses, je le savais, salivait pour me préparer à la suite. J’étais glissante jusqu’à l’anus. Je voulais qu’il se lève et m’installe sur son ami pour me prendre. J’avais hâte. Aussi, je me proposais de les sucer. J’attendais à genoux, la chatte échaudée par mes propres fantasmes. Le tintement de leur ceinture, l’empressement de me faire lécher le bout de leur fierté, de m’étouffer de leur bâillon de chair, j’y assistais à genoux. Ouvre la bouche, salope. Le plus timide se montrait le plus acharné. Je le laissais aller, les muscles détendus à l’extrême, il cherchait à m’étouffer, il m’apporta au seuil de la souffrance puis me jeta en arrière et m’ordonna d’offrir mon visage à sa pluie. Ce fut alors à l’autre de m’offrir sa verge. Il était plus doux mais je n’arrivais pas à savoir lequel je préférais. Il avait saisi mes cheveux et se servait tendrement de moi. Regarde-moi. Mes yeux verts agrandis par ma bouche remplie fixaient les siens. C’était surement de me salir qui le faisait le plus bander. Ce qu’il ignorait, c’était le plaisir que je prenais à arrondir ma bouche et à bouger ma langue pour l’avilir de plaisir jusqu’à qu’il éjacule dans ma bouche. Adrien, il nous reste encore une demi-heure. J’ai envie de l’enculer mais j’ai envie qu’elle se fasse dilater par un autre, je la veux bien ouverte, lança-t-il à son ami. Je rajoute 50 et tu vas proposer ton cul à l’homme là-bas et s’il ne veut pas, à n’importe lequel qui te semble être un bon amant et sur lequel tu souhaiterais t’empaler d’accord. Il me glissa le billet dans mon sac et caressa mon visage. File ma belle. Je choisissais un homme élégant les cheveux blancs, les mains ridées. Je voulais me sentir saisie par cet homme qui avait l’air faussement frêle, que j’imaginais fougueux. Peut-être avais-je tort mais c’est lui que je voulais parmi tous les hommes du wagon.

De ses mains qui commencent à rider

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Photographie : Marc Lagrange 

Il repense aux premières filles qui se sont endormis près de lui. Certaines avaient encore un nom dans sa mémoire. De cette époque, il essaie de recomposer mentalement les souvenirs qu’il en a gardé. Il lui semble entendre à nouveau la bouilloire crier lorsque l’eau se mettait à bouillir. Il se laisse porter par une série de détails insignifiants jusqu’à prendre peur du temps qui a passé. Alors, de ses mains qui commencent à rider, il la prend par les hanches et doucement l’entraîne doucement du balcon vers l’intérieur, vers la chambre, vers le lit. Il fait semblant de la réprimander après qu’elle ait dit qu’elle voulait sortir. En vérité, il aime l’emmener dans les quartiers presque déserts. Regarder la couleur de sa peau sous l’éclairage public, sous les néons de couleur aussi – ceux des bars, des sex shops et des enseignes lumineuses qui s’étalent inutiles dans la nuit. Puis rentrer à l’hôtel et s’enfiler entre la peau de ses cuisses glacées.

Cartographie érotique

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Photographie : Carla van de Puttelaar

Il fallait attendre que les bleus s’estompent. Elle avait cette appréhension toujours. Partiront-ils avant qu’elle ne rentre chez elle ? Quand elle avait découvert sa peau cartographiée par une série d’ecchymoses, elle avait pris peur. Elle ne se souvenait pas d’avoir vécu une douleur assez vive pour laisser sa peau dans un tel état puis elle s’était souvenu de l’alcool, des miracles du whisky qui changeait le rapport de son corps à la douleur. Les petits hématomes aux couleurs changeantes formaient un lieu affreux comme si elle avait souffert. En réalité, c’est elle qui lui avait demandé de les coups puis lorsqu’il s’était abattue sur ses fesses, elle avait ragé encore et il avait obéis. Toute personne connaissant son amour pour les marques ne seraient pas dupes de l’excuse d’une chute dans l’escalier. Chaque matin, elle se levait et se précipitait vers le miroir. La peau de son flanc resta marbré pendant des jours entiers.

Lettre vide

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Photographie : Alessio Albi

Dans cette petite ville de la route des vins, j’ai cru au début de notre vie, au bonheur et à tout ce qui rattache. J’ai pensé aussi que nos corps commençaient à se lier dans un chaos sulfureux qui grandirait jusqu’à nous happer tout entier pour toujours. La vie à deux aurait dû brouiller les lignes de nos intimités respectives. La vie à deux n’a rien fait de cela. Je n’arrive plus à me souvenir du moment où j’ai perdu espoir d’être une femme à tes yeux. C’est une sorte de chagrin d’amour au milieu de l’amour même. Je parcours mes souvenirs et les villes où l’on a vécu. Je ne trouve pas le point de rupture et j’ai peur – c’est comme si depuis le début tout cela avait été prévu. J’en veux à mon corps de ne pas avoir su pour toi. Je me dis que peut-être si mon corps avait su exister autrement…

Carnets d’une autre – Extrait

J’ai toujours considéré les inconnus comme des lieux d’amour. Avec chacun d’entre eux, il m’a semblé avoir été une femme différente ou du moins, pas tout à fait la même. C’est ainsi que j’ai appris celle que j’étais. J’ai aimé l’odeur de la cigarette dans la bouche de certains, odeur mélangée parfois au café ou au cognac, désagréable et enveloppante annonçant leurs mains errantes, leur sexe qui se glissait entre mes cuisses, leur langue frôlant ma peau avant de s’entrer en moi comme si je leur avais toujours appartenu. J’ai aimé beaucoup d’hommes, avec ou sans amour, avec ou sans plaisir, avant de te connaître. Je les écris pour que tu me lises, pour que tu saches qui j’ai été, quel corps j’ai été dans ces draps avant toi.

Je suis fière de vous présenter un court extrait du projet qui m’occupera tout l’été. N’hésitez pas à me faire part de vos impressions…

Jouis mon cher ange

Photographie : Ren Hang

Tu n’es que bouche et sirop. Et je t’aime pour cela. Tu es chair et chanvre au matin, mon rêve de la nuit même. Je voudrais te donner des ordres. Mets-toi à plat ventre, je viens t’enculer avec rien, t’enculer de douceur. J’aurai auparavant appliqué mes doigts baveux sur ton anus, venus à moi sera mouillée. Je glisserai entre tes fesses. J’ondulerai avec indolence, grisée par le mouvement réalisé comme un rêve. La pointe de mes seins effleurant ton dos sensible, je veillerai à ton émerveillement, à l’irrégularité de tes soupirs jusqu’à ce que je m’approche de ton cou pour te murmurer : Retourne-toi. Je te laisserai alors le soin de faire un sort à ta gorge esseulée. Mes doigts se précipiteront vers l’abîme que tu caches. Je chercherai à téter ton plaisir, à effleurer ton ventre qui perd doucement son calme, à me voir t’adorer dans le reflet de tes yeux hallucinés. Ma bouche sera pleine de certitudes. Tu seras chaude et humide comme un oshibori. Mes doigts sortiront visqueux là où ma langue s’invitera. Je m’essuierai sur mes seins. Ta naïveté sera celle d’un jour nouveau. Car tu sais tout déjà et on s’en émerveille encore. Ma langue te laissera quelques secondes, un temps mort pour te dire : Jouis, mon cher ange.

La domestication de soi

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Le corps vécu par soi peut s’écrire. L’été offre la liberté intense de n’avoir jamais froid, de pouvoir s’exposer partout du lit à l’ailleurs formulé en passant le sol. L’été encourage ce que le miroir confirme : qu’il est bon de se donner. Je me donne à mes doigts qui s’étalent sur ma chair avec la régularité de l’océan. Entre les petits et les grands lèvres, des marées que je pense reproduire à l’infini. De façon brusque et folle, je m’enfonce en moi-même puis me retire. Mes jambes se resserrent. Mon esprit est trahi. Je veux à tout prix décrire cette dernière seconde, décrire le vase vide de la volupté. Je veux dire ce qu’est la domestication de soi-même : rien d’autre qu’un ravissement.

Pion (une vierge un peu putain) – Partie III

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Photographie : Lauren Withdrow

Troisième texte d’une longue série, je l’espère. Ecrit à quatre mains avec Nicolas Verville.

V.

Annika rentre dans sa petite chambre à la cité U. La petite chambre spartiate lui crie qu’elle n’est pas chez elle, qu’elle est loin de ses amis, de son chat, de ses parents, de sa ville, de ses habitudes. Préparer des kanelbullar, avoir les doigts qui sentent la cardamome et la cannelle, laisser la pâte monter près d’un radiateur, attendre, pétrir, tresser les pâtons avec autant de soin qu’elle donnerait aux cheveux de son propre enfant. Elle aimerait à nouveau faire tous ces gestes. Chaque détail de son quotidien suédois lui manque. Annika avait attendu avec impatience de vivre à Paris. Elle devait désormais avouer qu’elle avait le mal du pays. C’est peut-être pour cette raison particulière que le bibliothécaire avait tellement d’importance pour elle. Elle savait qu’il serait là chaque vendredi pour lui donner la pile de livres qui comblerait le vide de son week-end d’expatriée en manque de repères. Seuls quelques rêves d’érotisme avaient survécus à la nostalgie de sa terre natale. Elle s’y abandonnait par simple envie de se sentir vivante avant même qu’il soit question de pur désir. Elle conjuguait souvent sa tristesse avec du vin blanc sec. Elle ne savait pas le choisir mais aimait l’ivresse légère qui donnait plus de sens encore aux plaisirs solitaires. Le bibliothécaire était une idée qu’elle serrait entre ses cuisses, en même temps que la couette, sans honte. Lire la suite…

L’Inconnu

L’inconnu était là, offert comme une terre natale. Je pensais me laisser aller à ces mains auxquelles je n’étais pas habituée et m’abandonner ainsi au bonheur de cet homme qui bandait de pouvoir me creuser avec tendresse, une tendresse égale à son manque, à sa tristesse peut-être aussi de ne plus être touché par elle, l’épouse aimée, pareille à une louve à la sensualité endormie.

Mes petits lèvres comme une pivoine doucement violacée se seraient alors offertes à son regard illustrant la musique obscène qui existait alors dans ma tête envahis-moi, vas-y, viens et vide-toi. Il m’avait semblé seulement vouloir être pleine et rester dans cette satisfaction presque porcine. Mais les premières caresses m’éloignèrent de ce jeu simple. De tout mon corps, je le mettais en cage et me plaisait dans cette position que je refusais de quitter. Lire la suite…